L’édito
En juillet prochain, les États-Unis célébreront le 250e anniversaire de leur Déclaration d’Indépendance, un texte qui a non seulement fondé une nation, mais aussi marqué un tournant décisif dans l’histoire intellectuelle et politique moderne. Peu d’institutions incarnent mieux cet héritage que Harvard. John Hancock, Samuel Adams, John Adams : ces pères fondateurs, formés entre ses murs, y ont puisé les idées des Lumières qui ont façonné les principes de liberté, de représentation et d’autogouvernement.
Mais cette histoire est, dès ses origines, profondément franco-américaine. Sans la France, sans l’engagement de La Fayette, sans les salons parisiens où se croisaient philosophes et révolutionnaires, l’indépendance américaine aurait-elle pris la même forme ? De Yorktown aux rives de la Seine, ce dialogue transatlantique a forgé une alliance intellectuelle et politique dont la fécondité perdure encore aujourd’hui.
C’est dans cette tradition que s’inscrit la Harvard French Review. Notre mission reste simple : être un carrefour transatlantique, bilingue et interdisciplinaire, où se croisent les grandes questions de notre temps – intellectuelles, scientifiques, économiques, juridiques ou politiques. Ici, étudiants, chercheurs, décideurs, écrivains et scientifiques partagent une conviction : la compréhension mutuelle entre la France et les États-Unis passe avant tout par l’échange des idées.
Cette édition en témoigne avec éclat. Nous avons en effet l’honneur d’accueillir des contributions de figures majeures telles que Philippe Aghion, Stephen Breyer, Brune Poirson, Michel Devoret, Antoine Compagnon et Virginie Greene, dont les travaux et parcours incarnent cette excellence intellectuelle et cet esprit d’ouverture qui animent notre revue. Nous adressons également nos sincères remerciements à Anne Dias pour son engagement en faveur de la revue, ainsi qu’au Harvard Club of France pour son soutien renouvelé.
Comme chaque numéro, celui-ci est le fruit d’un travail collectif mené par des étudiants et alumni de Harvard, unis par une même exigence et un même attachement au dialogue entre disciplines, cultures et générations. À l’heure où les démocraties occidentales interrogent leurs institutions, leur cohésion et leur avenir, nous espérons que ces pages contribueront, avec humilité mais détermination, à nourrir une conversation essentielle entre nos deux nations.
Luc Hillion & Paul Finck
Rédacteurs en chef
L’édito 2025
Octobre 1784. À vingt-six ans, Gilbert du Motier de La Fayette reçoit un doctorat honoris causa en droit de l’université d’Harvard. Premier citoyen français à tisser un lien avec la plus ancienne institution d’enseignement supérieur des États-Unis, le marquis de La Fayette – héros des deux mondes – ouvre une voie que d’autres, depuis, n’ont cessé d’emprunter.
Depuis près de quatre siècles, Harvard incarne une certaine idée de l’accomplissement collectif, forgée par la diversité et nourrie d’une exigence constante d’excellence. C’est dans cet héritage que la Harvard French Review puise son ambition : inspirer, renouveler, faire vivre le dialogue transatlantique. Pour porter cette ambition, nous nous appuyons sur trois principes fondateurs :
— Bilinguisme, pour rendre accessible la Revue des deux côtés de l’Atlantique, et au-delà.
— Neutralité, pour offrir un espace d’expression ouvert, affranchi des lignes partisanes.
— Interdisciplinarité, pour aborder des enjeux au carrefour de la science politique, de l’économie, du droit, de la sociologie, et bien d’autres domaines.
Ces principes ne prendraient toutefois corps sans l’engagement d’une équipe passionnée, résolue à les incarner pleinement. La Revue est le fruit d’un effort collectif, porté par des étudiants et diplômés issus de l’ensemble des écoles de Harvard, réunis par la curiosité, l’exigence intellectuelle et le goût du dialogue. Sous l’œil bienveillant de Fabrice Seiman, cofondateur de la Revue, notre équipe a su gagner la confiance de voix parmi les plus respectées du paysage intellectuel franco-américain.
Nous avons ainsi l’honneur de présenter, dans ce numéro, les contributions d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre, de Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et penseur incontournable des relations internationales, ou encore d’Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022 – aux côtés de nombreuses autres signatures remarquables, que nous remercions chaleureusement pour leur confiance. Nous adressons également notre gratitude au Harvard Club of France et à Français du Monde, dont le soutien fidèle et l’engagement en faveur du lien transatlantique résonnent pleinement avec notre mission.
C’est d’un effort partagé, collectif, interculturel que ce numéro est né – l’écho, peut-être, d’un nouveau chapitre dans le long et fécond récit des relations franco-américaines. À travers la pluralité des voix qui l’ont façonné – françaises, britanniques, chinoises, belge, suisse, canadienne, marocaine et ghanéenne – il reflète aussi la diversité humaine et intellectuelle qui fait la richesse de Harvard. Puisse-t-il, à sa mesure, contribuer à en écrire la suite.
Antoine Beaury & Maksens Djabali
Rédacteurs en chef (2025)
Le mot du fondateur

Vingt ans. Vingt ans déjà. Vingt ans d’un projet porté par une conviction : les idées précèdent l’histoire et en dessinent les contours. Alors que le monde vacille sous le poids de crises multiples, alors que les certitudes s’effondrent et que les peurs ressurgissent, le dialogue transatlantique est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Il est vital.
Lorsque la Harvard French Review a vu le jour en 2005, elle répondait à un besoin : créer un espace de liberté où les grandes voix de notre temps pourraient échanger avec les jeunes chercheurs d’aujourd’hui, ceux qui façonneront le monde de demain. Dans ce laboratoire d’idées où les visions s’affrontent, les esprits libres n’ont cessé d’interroger l’époque, de défier les dogmes et de réinventer le champ du possible.
Deux décennies plus tard, cette ambition n’a rien perdu de son urgence. Nous vivons un temps de bascule, un moment où les démocraties s’effritent, où la technologie redéfinit le sens même du politique, où les fractures culturelles se creusent. Comprendre ce qui se joue, anticiper ce qui vient, inventer ce qui doit être, sans céder à la facilité ou renoncer à l’exigence : telle est la responsabilité que continuera de porter notre équipe.
Cette édition anniversaire ne se veut pas un simple retour sur le passé, mais une projection vers l’avenir. Quels seront les nouveaux équilibres entre l’Europe et l’Amérique ? Comment refonder la démocratie à l’heure de l’intelligence artificielle et de la toute-puissance des algorithmes ? Quel rôle pour la culture dans une époque où l’information et la vérité se fragmentent ?
L’histoire ne se répète pas, elle hésite, trébuche, accélère. Vingt ans de débats, d’engagements, d’idées partagées ; vingt ans d’une revue qui a su, à chaque époque, saisir l’essentiel. Il vous appartient désormais d’écrire la suite pour faire entendre, des deux côtés de l’Atlantique, la voix de la raison et de la liberté.
Fabrice Seiman
Cofondateur